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Un de mes axes de travail a pour point de mire
la ville. Plus particulièrement, je m’intéresse
à ce qu’on ne veut pas voir le plus souvent : les
embouteillages qui encombrent les rues, les panneaux et les
écrans publicitaires, les tags sur les murs ou sur les
véhicules, les poubelles…
Le but n’est pas de dénoncer quoi
que ce soit, mais de révéler au contraire quelque chose
de la société contemporaine en s’arrêtant sur
ses productions plus ou moins assumées. De même que les
scories sont les résidus de l’industrie
métallurgique, les moraines l’accumulation de
débris entraînés puis abandonnés par les
glaciers, ces éléments de ville sont des
sécrétions de la vie urbaine telle qu’elle
s’est imposée ces cinquante dernières
années : facilité des transports collectifs et
individuels, omniprésence de la consommation et les
réactions qu’elle suscite, affirmations
identitaires…
Aujourd’hui, les modes de vie tendent
à s’uniformiser selon le processus de mondialisation. Et,
si on ne s’étonne pas de trouver les mêmes
publicités, les mêmes emballages parmi les déchets
d’un pays à l’autre, il est en revanche troublant de
voir des tags semblables sur les murs ou sur les trains d’un bout
à l’autre du monde.
Ces dépôts de modernité (ces cartes de France des
sociétés contemporaines) sont parfois perçus comme
des violences visuelles dont on s’abstrait volontiers. Ils font
pourtant partie de notre quotidien et constituent un fabuleux gisement
de motifs, de formes, de signes… Ma démarche n’est
pas de constituer un catalogue typologique de ces symptômes, mais
de les incorporer dans des " configurations spatiales d’un
instant " (Siegfried Kracauer, La photographie), afin
d’obtenir des images en tension qui soulignent le rythme rapide
de la ville en même temps que son caractère furtif.
Mon approche est celle de l’accumulation
d’images, mais ce sont des images choisies, distillées du
réel. Ces images de rien ne sont pas le produit de mitraillages,
mais de saisies dans l’instant lors de longues marches dans la
ville.
" Pour le marcheur actuel, la ville est
le théâtre d’opérations par excellence, un
territoire ouvert qui propose ses avenues, ses quartiers et ses
collages architecturaux comme autant de terrains à explorer dans
lesquels l’improvisation de gestes, d’actions,
d’interventions, dans lesquels des œuvres peuvent avoir
lieu : des mouvements, des circulations, des déplacements
utilisés comme processus de mise en forme. "
Thierry Davila, Marcher, créer, 2002, page 44.
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