Espace EN COURS
56 rue de la Réunion
75020 Paris
Dimanche 2 décembre 2001
De
la reproduction et des transferts
avec
Julie Heintz (tampons Fluxus)
Yung-Hao Liu (tampons Orient/Occident)
Sophie Nagiscarde (l'art du tampon)
Michel Weemans (l'irreproductible)
Gereon Inger
Jean Claude Mouton
Traduction simultanée : Susanne
Marten
Transcription : Sabine Boissinot
Michel Weemans
Il y a un aspect ludique qui est passionnant et qui n'empêche
pas le fait qu'il y ait questions remarquables dans ce domaine. La
question
du lien entre tampon et reproduction (ref. du catalogue
“Tampons”), la
forme du tampon que nous connaissons est née en 1839
coïncide
assez bien avec l'arrivée du caoutchouc et l'apparition de
la photographie,
avec l'arrivée de cette expression de Benjamin
“une ère de
la reproductibilité”, tout un tas d'aspects et de
phénomènes
qui ont fait que notre relation aux oeuvres mais aussi la nature
même
des oeuvres a été transformée
à partir de ce
moment, d'une reproductibilité technique. C'est donc
intéressant
cette conjonction entre l'apparition du tampon et cette ère
de la
reproduction. Beaucoup d'artistes qui se sont posés la
question
de la reproduction, qui se sont posés la
problématique, qui
l'ont déployée sous des formes très
variées,
à la fois à la forme d'oeuvres multiples
opposées
à l'objet unique, original, et donc ça met en jeu
des questions
de l'oeuvre en tant qu'objet marchand, ça met en question
les notions
d'auteurs etc, mais aussi du point de vue de la réception
ça
pose tout un tas de questions quand à tout un tas d'effets
de déformation,
de transfiguration de l'oeuvre à travers ces reproductions
et de
l'oeuvre en tant qu'elle est prise dans des réseaux de
circulation
de diffusion ou est soumise à des effets de transformation.
Donc
ces questions-là qui sont celles de la
reproductibilité,
de la reproduction elles sont aussi les questions que posent le tampon
et c'est pas étonnant si beaucoup des artistes qui sont
associés
à cette problématique de la reproduction ont
utilisé
le tampon de manière accidentelle ou ponctuelle par exemple
quand
Claude Viala utilise le tampon pour répéter sa
fameuse forme,
ou de manière beaucoup plus suivie comme Warhol et comment
le tampon
apparaît dès 49 jusqu'au début des
années 60
et ça anticipe complètement toute son oeuvre
sérigraphique.
Sophie Nagiscarde
Chez Warhol, il y avait une volonté en fait d'effacer le
trait
de la main. Même dans son travail publicitaire il avait
commencé
à utiliser des techniques proches de celles du tampon
puisqu'il
travaillait sur des feuilles de plastique et ensuite pour tous ses
travaux
publicitaires où l'on voit des décors
(décors de grands
magasins par exemple) il appliquait une feuille en plastique entre la
main
et le papier, il ne sortait que ce qu'il y avait dessous et il n'y
avait
plus le trait de la main. Ensuite il a commencé ses premiers
boulots
en creusant soit des gommes soit en faisant reproduire des photos de
stars
sur tampons (procédé qu'emploie Jean Claude
Mouton). Pour
moi Warhol est un des artistes les plus importants de ce
siècle
car il a posé après la guerre les
problématiques essentielles
de la reproduction de la société de masse, du
multiple et
de l'oeuvre originale et de ce qui est l'oeuvre. Et dans le tampon, il
y a une notion qui me parait essentielle par rapport à
l'objet lui
même c'est de savoir qu'est-ce qui est l'oeuvre, est-ce-que
c'est
l'objet ou est-ce-que c'est l'empreinte.
Michel Weemans
Pour ce qui est de l'objet tampon, c'est aussi cet objet qui est
né
au 19ème siècle que chaque
génération d'artistes
réinvestit à sa façon, dans des
nouveaux contextes,
selon l'évolution des technologies, mais le tampon s'est
aussi ce
petit objet paradoxal qui oscille entre deux univers : un monde ludique
et un univers bureaucratique et ça aussi c'est un aspect
important
auquel les artistes se sont confrontés sous le biais du
détournement
ou de la parodie ou bien sous la forme que Benjamin Bucco appelait
"l'esthétique
administrative" pour définir l'art conceptuel, c'est Yung
Hao Liu
et Julie Heintz qui pourront décrire de manière
plus précise
comment le tampon est en parfaite correspondance avec les enjeux qui
sont
ceux des artistes du travail conceptuel de Fluxus ou Beuys. Le tampon
c'est
un objet qui semble avoir traversé l'art du 20ème
siècle
et qui continue et qui chaque fois est réinvesti comme si on
lui
découvrait une nouvelle vertu et c'est peut-être
parce que
c'est une forme très élémentaire et le
fait que le
tampon, c'est simplement une formule comme un proverbe qui a une
dimension
neutre et universelle que c'est aussi pour ça que
ça s'adapte
toujours à des contextes et c'est toujours utilisable et
renouvelable,
voilà quelques questions qu'on peut essayer de
développer.
Par rapport au travail de Jean-Claude Mouton, que je connais mieux, je
voulais dire comment le tampon s'inscrit dans son interrogation
photographique,
je prendrais l'exemple de toutes ces variations sur les petits amas de
poussières qu'on appelle des moutons et donc il a fait de
belles
variations sur ce qui est un bel exemple d'une tradition qui est celle
de la signature emblématique. Le travail photographique de
Jean-Claude
Mouton, c'est d'abord des photographies prises à Berlin
pendant
plusieurs années avant et après la chute du mur
sur un lieu
incertain, une espèce d'espace d'effacement qui est autour
du Mur,
une série qu'il a appelé "Berlin no man's land"
et c'était
des petites photographies très fragiles et très
précieuses
presque dans le support et dans la manière dont elles
étaient
présentées, précieuses au
sens d'une fragilité,
d'une grande subtilité dans le support et dans les couleurs
et aussi
dans la fragilité et donc il y a une grande correspondance
entre
le sujet et le médium dans cette série et il me
semble que
ça c'est une constante, ensuite il y a une série
de photographies
sur la circulation, circulation automobile, où on voit des
séries
de voitures des effets d'embouteillage, de saturation de l'espace et
là
le tampon commence à être utilisé.
Encore une fois
il y a entre le sujet et le tampon qui est aussi une
esthétique
de l'embouteillage du recouvrement de l'empattement, je trouvais
ça
intéressant de mettre en rapport le travail du tampon et
déjà
une réflexion photographique où il a toujours
été
question d'une interrogation très pointue sur le
médium et
voilà pour ce qui est de ces petites signatures
emblématiques,
je trouve que ces effets d'empattement, d'informe ça renvoie
à
une esthétique de la tache il me semble que le travail de
Gereon
et de Jean-Claude Mouton ce qui est assez spécifique par
rapport
à la tradition du tampon c'est que un des aspects c'est une
esthétique
de la tache. On essaiera de leur poser des questions
là-dessus et
comment ils se situent par rapport à ça.
Gereon Inger
Je pense que les tampons ont toujours un rapport à la tache
parce que les empreintes ne sont jamais propres. C'est la chose
particulière
du tampon, qui se situe à la frontière entre
l'impression
exacte et l'original. Il y a des tampons qui sont ouverts au hasard et
aussi à la saleté et à ce moment
là ils sont
conscients d'être des tampons et c'est seulement à
ce moment
là qu'ils sont vraiment bons. J'ai essayé de
reprendre cette
saleté ou cette tache du tampon ou le fait que l'encre du
tampon
tache et en reprenant des taches de grands artistes hommes et femmes,
puis
j'ai bâti une grande collection de véritables
taches de grands
artistes. Ce serait ça ma question à la
réponse qu'est
ce qui est l'oeuvre d'art, le tampon ou son empreinte, et vous avez
peut-être
compris que souvent ce n'est ni le tampon qui est l'oeuvre d'art ni
l'empreinte,
mais l'oeuvre d'art c'est que les gens sont en train de tamponner, mais
très rarement c'est une oeuvre qui en résulte, et
c'est aussi
le concept de collection qui fait oeuvre.
Sophie Nagiscarde
Dans ce que dit Gereon Inger, dans l'acte de tamponner il y a la
tradition
du tampon japonais ou zen, où il y a l'acte de tamponner,
répéter
l'impression, je ne suis pas spécialiste de ça
mais je pense
que ça se relie complètement.
Yung Hao Liu
Pour moi, il y a trois dimensions ou idées dans cette
exposition
de tampons.
La première est liée à la signature,
la deuxième
est liée à la photographie, la
troisième est liée
à la répétition. Dans la tradition
chinoise, taiwanaise,
asiatique on utilise souvent le tampon en tant que signature, au moment
de signer. En France, dans le monde occidental, la signature est
illisible,
c'est un geste de répétition. La signature est
là
juste pour signifier un acte. En Asie le tampon remplace la signature,
tamponner c'est signer, c'est souvent lisible et propre, c'est un signe
qui remplace la signature, et est aussi un engagement
législatif.
Je me demande comment on peut signer une image en forme de tampon,
c'est ma question, et peut-être que la réponse
viendra plus
tard. La deuxième dimension dont je veux parler, c'est la
photographie.
Dans l'esthétique de la photographie, il a y toujours des
nuances
et quand dans les images passent en tampon, il n'y a plus de nuance. Ca
devient une image très contrastée de noir et
blanc. L'esthétique
photographique (Roland Barthes), une image cadavre, c'est donc quelque
chose de déjà mort esthétiquement.
L'image photographique
est arrêtée et est déjà
passée, s'est
quelque chose de posé devant l'objectif. Dans
l'esthétique
du tampon c'est quelque chose qui est à venir, on prend un
tampon
et on va tamponner. La photographie c'est quelque chose de
passé
alors que le tampon appelle à la participation.
La troisième dimension c'est la
répétition. La
signature peut être répétée,
le tampon à
pour action de tamponner, gestes illimités, sans fin, donc
comment
on peut répéter le tampon dans l'acte de
création,
c'est une répétition, et pour Maurice Blanchot
dans une répétition,
on ne répète pas la même chose, il y a
répétition
dans la différence, c'est là qu'il y a le sens de
répétition.
Pour Gereon, il y a répétition de sens, chaque
objet est
un souvenir, on trouve la même trace du souvenir,
derrière
ce petit objet il y a des sens différents,
répétitions
et profusions de sens différents.
Michel Weemans (en parlant des tampons de
Gereon Inger)
Les taches d'artistes, c'est comme des signatures ?
Gereon Inger
Il y en a quelques uns seulement qui sont des signatures. Il y a des
artistes qui signent en laissant des taches et a ce moment je vais les
citer, je les intègre dans le travail.
Yung Hao Liu
Comment on peut signer une image ?
Gereon Inger
Avec un tampon ?
Yung Hao Liu
Oui, avec ton tampon, avec tes idées.
Gereon Inger
Je signe mes images avec ma signature mais j'ai un tampon de ma
signature.
Michel Weemans
Les tampons asiatiques sont utilisés comme une signature.
Yung Hao Liu
Oui.
Sophie Nagiscarde
Ce à quoi je faisais allusion tout à l'heure,
c'est quelque
chose de spécifiquement japonais, ce sont ces carnets de
bouddhisme
zen.
Le bouddhisme zen est très intéressant par
rapport aux
tampons et à l'acte de tamponner. Ils remplissent des
carnets pour
s'élever. Plus tu tamponnes, plus tu remplis ces carnets
(exposition
au Grand Palais sur les mandalas) ce qui est important c'est de le
remplir
comme un carnet de prière et en tamponnant tu es
censé par
la prière t'élever et rentrer dans un
espèce de vide
intellectuel, propre à la plupart des philosophies
asiatiques, et
je trouve que par rapport à ce qu'il a dit, ici c'est
religieux,
c'est un rite de méditation, il disait que l'oeuvre c'est
l'acte
de tamponner et là en l'occurrence le rite c'est de
tamponner.
Intervention de Michel Maucuer
Ce sont des livres que l'on appelle des chounicho,
des carnets
de pèlerinage et on fait mettre un tampon dans chaque temple
qu'on
a visité et c'est une coutume qui est tellement profonde au
Japon
qu'on trouve même ça d'un point de vue
laïque dans toutes
les gares. Il y a des tampons en caoutchouc de la ville et on peut les
mettre sur des carnets, c'est passé du domaine religieux au
domaine
… Mais effectivement l'art, l'imprimerie a
commencé probablement
à cause du bouddhisme, et est très lié
à la
pensée bouddhique, car les premières impressions
qu'on a
, ce sont des prières et des images bouddhiques,
le bouddhisme
a cette idée de la reproduction infinie, de la
répétition
infinie.
Michel Weemans
C'est vraiment l'administration divine !
Sophie Nagiscarde
Pour moi, c'est gênant de parler du tampon de
manière
administrative. Le tampon, pour moi, c'est une technique, le tampon est
arrivé, a existé avec le sceau.
Michel Weemans
Le tampon c'est aussi un contrôle un peu autoritaire.
Sophie Nagiscarde
Le tampon, ce n'est pas que ça, c'est aussi quelque chose de
commercial, et il y a d'autres aspects dans le tampon, et de toute
façon
de l'administratif on en a besoin, il ne faut pas voir ça
forcément
comme une chose négative. Le fait qu'on me dise que le
tampon administratif
c'est sévère, c'est négatif et Fluxus
s'en est moqué
en jouant à la postière ou en tamponnant, mais en
même
tant c'est une réalité qui existe et qu'on ne
peut pas évacuer
comme ça en disant c'est administratif. Il y a des artistes
qui
ont fait des tampons administratifs. Si on s'intéresse juste
au
motif par exemple, on peut en trouver dans les tampons du Bauhaus,
qu'on
retrouve dans le catalogue Tampons, et il y en a
plein d'autres
je pense de ce genre là.
Michel Weemans
L'expression de l'esthétique administrative qu'utilise B.
Buclot
pour l'art conceptuel renvoie à une esthétique
administrative,
une forme d'appréciation esthétique.
Sophie Nagiscarde
Les administrations sont constitués d'entités
humaines
très variées.
Intervention d'une femme dans la salle
C'est le rôle du tampon de supprimer l'entité
humaine.
Dans le travail d'Andy Warhol, il n'y a plus d'entité
humaine, tout
le monde peut prendre son tampon et signer.
Sophie Nagiscarde
Voir le tampon uniquement de ce biais-là me
dérange un
peu.
Les tampons de tissus imprimés indiens ne me semblent pas
avoir
ce même genre de background idéologique.
Intervention d'une femme dans la salle
Je ne suis pas du tout idéologique, je dis juste, un tampon,
quelle que soit la main, il n'y a plus la main.
Jean-Claude Mouton
Chaque coup de tampon est différent, ça bave, on
peut
tamponner deux fois, les couleurs se mélangent, il y a un
enrichissement
des images, des taches.
Intervention d'un homme dans la salle
Le tampon c'est un outil, c'est en ce sens que la main exprime quelque
chose à travers l'outil, malgré tout,
même s'il est
primitif.
Intervention d'Antoine Moreau
Quand on dit faire tampon, ça montre bien la prise de
distance.
Sophie Nagiscarde
Je pense que là on fait référence aux
tampons
de wagons de train.
Julie Heintz
Qui sont quand même entre, et c'est une mince pellicule, mais
pas dans le même sens, c'est vrai.
Gereon Inger
Le mot allemand pour tampon c'est Stempel,
ça vient de
envoyer, taper du pied.
Julie Heintz
Envoyer un coup, c'est aussi une libération
d'énergie,
c'est très violent, d'un seul coup, un peu comme un marteau
pilon,
une grande énergie sur un point très petit
à un moment
donné.
Gereon Inger
Ca vient du temps ou le tampon était en métal.
Mais il
ne faut pas marteler les tampons, jamais !
Michel Weemans
Pour que tout le monde soit d'accord, il faut aussi préciser
que c'est un paradoxe foncier comme pour l'action de la reproduction.
C'est
pour cela que le thème du débat est
reproductibilité
et irréproductibilité car il y a toujours deux
faces d'une
même médaille. Pour le tampon, il y a,
à la fois, un
caractère de répétition et de
différence, d'unicité
et un caractère de multiplicité. Je crois que les
artistes
ont beaucoup joué de ça, par exemple quand Beuys
fait des
tampons qui remplace une signature, à mon avis, il est tout
a fait
conscient, comme l'était Duchamp, du fait qu'il est en train
de
produire une reproduction unique, ou un original reproductible, parce
que
ça va être réinvesti de valeur
marchande, d'unicité,
même si dans le principe c'est reproductible.
Julie Heintz
Après avoir réfléchi sur la question
du tampon
chez Beuys, on ne trouve pas tellement de tampon chez lui. C'est
intéressant
parce que, au fond, le premier tampon qu'on voit apparaître,
c'est
un tampon qui est lié à la création du
parti étudiant
allemand, en 1967, c'est relativement tardif dans ce qu'il a fait et
par
rapport à son histoire Fluxus. C'est très tard
même
par rapport à Fluxus, d'ailleurs je crois que ce n'est
même
pas dans le cadre de Fluxus que ça l'intéresse.
Pour lui,
c'est vraiment un organe de liaison, c'est quelque chose qui lui permet
de circuler entre les gens, qui signe. Beuys se démultiplie
et le
tampon c'est une des formes de démultiplication de Beuys et
je trouve
que ça rejoint plutôt une idée plus
générale
chez Beuys qui est celle de véhicule. En fait, il a
créé
le tampon et surtout les multiples, c'est un des multiples multiples de
Beuys que le tampon. Je pense qu'il joue un rôle par rapport
à
l'écriture, il dit des choses à travers
ça, il y a
des phrases comme par exemple "mouvement pour le vote du peuple",
"mouvement
des étudiants allemands", etc. Ce sont des choses qui sont
très
directes et même directives et je pense que le tampon chez
Beuys
n'a pas de fonction tampon en réalité, sauf que
de temps
en temps, il utilise ses tampons à des endroits
précis. Par
exemple, il va tamponner une carte, comme Beuys utilise beaucoup la
carte
postale comme outil. Sur les cartes postales, il va désigner
une
certain nombre de points, par exemple, il va mettre un tampon sur la
gorge
ou sur le creux du bras ou sur le genou, qui sont des
éléments
de son propre corps, qu'il met à chaque fois en jeu, En
fait, le
tampon est un élément de liaison, il est aussi un
élément
de signature mais il ne finit pas une oeuvre, il désigne
quelque
chose, il renvoie à un processus qui est en train de se
faire et
ce qu'il appelle aussi "les processus parallèles" ou
“dédoublement”.
Il y a un tampon qui est très important chez Beuys, c'est
celui
qui s'appelle Hauptstrom qui veut dire "courant
principal", "courant
essentiel" et peut-être "courant fondamental", et
l'idée de
Hauptstrom est mis entre deux fois des guillemets et
ces guillemets
montrent que c'est déjà une citation du
mouvement. Ce n'est
pas le mouvement, ce n'est pas l'incarnation, ce n'est pas la signature
du mouvement, c'est quelque chose qui est à l'oeuvre, c'est
le processus
qui est à l'oeuvre qu'il re désigne et qu'il re
multiplie
par le tampon au-delà de l'action qui a
été déjà
faite. Au fond, le tampon est un relais, le tampon n'est pas un
arrêt,
c'est vraiment un relais du travail il indique que le travail est en
cours.
C'est une dimension du tampon, chez Beuys, qui est assez importante,
qui
explique aussi pourquoi elle n'a pas cette dimension que les gens de
Fluxus
lui donnait. Il n' y a pas de dimension ludique, par exemple, chez
Beuys.
Il ne va pas se révolter contre l'administration, lui il va
plutôt
créer le parti des étudiants allemands pour
réagir
contre l'administration bête qui fait que, par exemple, les
écoles
d'art se contentent de transmettre de façon
académique, puisque
se sont des académies, les grands principes de l'art et
former des
artistes socialement et totalement inutiles. Ce n'est pas par le
tampon,
c'est par la création d'un parti politique, par la
création
du parti des étudiants que ça va se passer et le
tampon n'est
qu'un petit relais de ça, ça ne joue pas un
très grand
rôle je pense. Mais, par contre, c'est vrai que le tampon est
un
des multiples, un des véhicules, "véhicule art",
que Beuys
a développé. C'est-à-dire
qu'effectivement les idées
ne se transportent pas comme ça, elles ont besoin de
supports, et
un des supports de la multiplication c'est, justement, le tampon, et
ça
c'est vraiment très important chez lui.
Sophie Nagiscarde
On peut citer également Vostel dont le tampon
était l'objet
principal du travail.
Julie Heintz
Vostel appelait ça "des tampons idées", et
effectivement
c'était des tampons, mais il n'était pas le seul
non plus
à le pratiquer, où on mettait des phrases assez
virulentes,
assez fortes. Un exemple de tampon de Vostel "je déclare que
la
paix est la plus grande oeuvre d'art qui soit". Ce sont des tampons
idées,
des tampons concepts, des affirmations qui ont des assertions, qui sont
définitives et très fortes, et qui forment
programme. L'exemple
cité est une réaction à la phrase de
Beuys qui disait
que tout homme est un artiste. Ici ce n'est pas l'homme, c'est la paix
qui est la plus grande oeuvre d'art. Ceci dit, il y a eu une inflation,
une augmentation parmi les artistes allemands et le tampon
était
certainement le mode de circulation le plus rapide des
réactions
des artistes les uns aux autres. Au fond on se demande pourquoi on
n'est
pas resté à l'écriture. C'est
l'époque aussi
des talsibahaus, de l'écriture directe,
immédiate, sur les
murs, publicité des idées, etc. On peut se
demander pourquoi
l'écriture n'est pas resté première et
pourquoi il
y a eut une re multiplication des affirmations. Il est vrai que c'est
la
forme d'édition la plus rapide et la moins chère.
Sophie Nagiscarde
C'est aussi l'aspect esthétique, l'esthétique
qu'il y
avait à cette époque là. Ca permet
d'utiliser du rouge,
du noir. Si on prend l'affiche de ces années là,
1960, 1950,
c'est du rouge et du noir avec le tampon.
Julie Heintz
Et ce côté je dégueule la peinture, le
"pas propre".
C'est la peinture qui bave et c'est tout le contraire de la
maîtrise.
C'est aussi parce que c'est un espace de liberté et c'est
pas seulement
un espace de dérèglement, c'est un espace
d'élargissement
de ce qu'est le champ de la peinture, le champ de la parole, le champ
de
la poésie, de l'édition, de la diffusion, etc. Il
y a l'irrégularité,
le débordement, et puis il y a le geste qui est
très important.
C'est effectivement comme les tampons du chemin de fer, c'est un grand
coup qui est donné. C'est énergique. Il y a une
présence
physique qui n'est pas le côté tripal de la
peinture mais
qui est l'énergie qui est, comme ça,
donné sur un
point.
Sophie Nagiscarde
Il faut différencier plusieurs sortes d'artistes. Il y a des
artistes qui ont utilisé le tampon parce que ça a
été
un médium parmi d'autres dont ils se sont servis, et puis il
y a
des expériences de galerie comme Stalpelplast, des endroits
comme
ça qui sont des gens, comme par exemple Gereon Inger et
Jean-Claude
Mouton, qui ont travaillé sur le tampon et qui vont beaucoup
plus
loin dans l'idée perceptible du tampon,
c'est-à-dire qu'ils
vont se poser les questions qu'on se pose aujourd'hui, mais ce n'est
pas
le fait de tous les artistes.
Michel Weemans
Pour une majorité d'artistes c'est vraiment très
ponctuel
parce que ça correspond à quelques questions.
Parfois le
tampon c'est vraiment un objet qui est vraiment adéquat
à
un questionnement artistique, à une démarche,
alors les artistes
l'utilisent de manière continue.
Julie Heintz
On peut se demander s'ils ne s'inscrivent pas volontairement dans une
continuation par le détournement de l'histoire de l'art. Le
tampon,
au fond, c'est quand même le prolongement du collage.
Sophie Nagiscarde
Je ne pense pas, c'est plutôt l'empreinte.
Julie Heintz
Oui, c'est l'empreinte.
Sophie Nagiscarde
C'est la trace, c'est la main, pour moi c'est ça.
Julie Heintz
Oui c'est ça aussi, mais je ne pense pas que ce soit
contradictoire.
Dans le cadre de Fluxus, le moment historique de l'apparition du tampon
Fluxus, c'est le moment des actions, c'est le moment où le
geste,
la présence permanente du corps est vraiment au premier rang
et
du coup le tampon s'inscrit dans ce mouvement-là, qui est
celui
de l'action.
Michel Weemans
Par rapport aux deux artistes présents, il y a quelque chose
qui est particuliers. Il y a une esthétique du tampon, de la
tache,
de la trace, de l'empreinte, avec des effets de brouillage,
de saturation
d'images. Jean-Claude, dans ton travail photo, comment ça
évolue
? Les tampons qui transposent des images photos, qui transforment une
image
qui peut être au départ est nette en quelque chose
de beaucoup
plus graphique, avec des effets propres. Est-ce quelque chose qui est
très
intentionnel, qui a évolué, peut-être?
Jean-Claude Mouton
Les dernières photographies que j'ai faites sont des photos
floues prises par la fenêtre d'un train. Elles
étaient au
départ un peu brouillée, et après
quand on les utilise
comme tampon, ça va encore plus dans ce sens.
Michel Weemans
Le tampon prolonge une interrogation qui est déjà
à
l'oeuvre.
Jean-Claude Mouton
Ce qui m'intéressait dans le tampon c'est que c'est d'abord
un procédé photographique. Je l'ai donc
trouvé complètement
cohérent avec mon travail photographique. La photographie
est une
empreinte de lumière et là ça devient
une empreinte
mécanique. Ca m'intéressait beaucoup. Il y a cet
aspect multiplication,
chaque fois identique en théorie mais dans les faits, chaque
fois
différent, parce qu'effectivement ça bave. C'est
un contrepoint
d'un autre travail que j'ai mené ces dix
dernières années,
qui est un travail à Berlin, un autre
détournement de technique.
Ce sont des ektachromes surexposées qui donnent des couleurs
très
légères, très disparaissantes, et qui
sont quasiment
irreproductibles. J'ai joué le jeu de la bavure et de la
reproduction
comme variation et comme mauvaise reproduction. Ce qui
m'intéressait
dans le tampon c'est que s'est une mauvaise reproduction par rapport
aux
photographies. Pour arriver au tampon, il faut l'appauvrir, c'est un
squelette
de photographie. Ensuite, ce qui m'intéressait c'est cet
appauvrissement
et quand c'est utilisé, quand c'est tamponné, il
y a à
nouveau un enrichissement par les bavures, les couleurs qui se
mélangent,
les variations, etc.
Sophie Nagiscarde
Il doit y avoir une transformation, parce que passer d'une photo floue
à un tampon. C'est une drôle d'idée de
partir d'une
image floue car le tampon c'est justement quelque chose de
très
net.
Jean-Claude Mouton
Pour passer d'une photo floue à un tampon, il faut rendre
nette
une photo floue, des formes floues qui sont des filés, des
flous
de filés.
Michel Weemans
Des squelettes de flous.
Julie Heintz
Des flous immobilisés.
Gereon Inger
Je me situe dans une tradition qui cultive le flou et la tache, et
la mauvaise reproduction. Par exemple Warhol et Polke avec le tramage.
D'ailleurs, ils ont tous aimé la mauvaise reproduction, dans
la
journaux, et maintenant ils donnent ça directement aux gens
pour
qu'ils fassent, eux-même, leur belles ou mauvaises
reproductions.
Intervention de Marie-Christisne Peyrière
Par rapport à ces notions de reproduction, est-ce qu'on peut
transférer les technologies, la "pensée" du
tampon sur les
problèmes d'écriture sur Internet ?
Jean-Claude Mouton
Je ne sais pas si on peut directement transférer.
Gereon Inger
Le parallèle entre le tampon et Internet c'est la
disponibilité
des images et la différence c'est que sur
l'écran, les images
ne sont que virtuelles, numérisées,
lumières tandis
que le tampon donne de la matière.
Jean-Claude Mouton
Sur Internet les images ne bavent pas tellement, elles sont
éventuellement
pixelisées.
Intervention d'Antoine Moreau
Il est possible de les imprimer.
Intervention de Marie-Christisne Peyrière
Il y a beaucoup de travail là dessus. Des taches donnent
lieu
aujourd'hui à des créations
numériques, tous les dessins
animés qui sont repris, toutes les déformations
possibles
qu'on peut faire d'une image, il y a de la création
numérique
qui se fait avec donc dans la question du transfert on pouvait trouver
des approches intéressantes.
Jean-Claude Mouton
Ce n'est pas propre à Internet mais propre à
l'ordinateur.
L'ordinateur et le tampon sont un peu cousins. Dans beaucoup
d'administration,
les ordinateurs ont pris la relève des tampons.
Sophie Nagiscarde
Par rapport au tampon, ce qui a fait du mal au tampon avec
l'arrivée
d'internet c'est que le mail art, les artistes qui correspondaient par
la poste, qui s'envoyaient des tampons maintenant ils
s'écrivent
par e-mail.
Michel Weemans
Ce qui apparaît plus ici dans l'usage du tampon c'est une
esthétique
de la tache.
Julie Heintz
C'est comme même matériel, il y a la
présence de
papier, de l'encre, la présence à la limite du
geste, parce
que ça déborde, parce qu'il y a des petites
taches autour.
Sophie Nagiscarde
Le tampon c'est aléatoire, alors qu'avec l'ordinateur c'est
plus difficile. L'impression au tampon reste proche des techniques
anciennes.
Intervention de Michel Maucuer
Et comment signe-t-on sur Internet ? Il y a un autre aspect dont
parlait
Yung Hao Liu, pour les orientaux, le tampon c'est le cachet. Nous, nous
voyons des tampons qui bavent, mais il faut savoir que le tampon
extrême
oriental est souvent fait dans du jade et est très
précis.
Au Japon on l'utilise encore comme signature, et on pense que c'est
plus
fiable qu'une signature car c'est très difficilement
imitable. La
gravure est extrêmement précise. C'est aussi
quelque chose
qui identifie un individu très
précisément contrairement
à l'aspect de reproduction du tampon . Yung Hao Liu disait
que le
tampon c'est le passage entre la vie privé et le monde
public, et
il n'y a pas cette notion d'administration comme on a chez nous.
Michel Weemans
Est ce que l'exemple ne serait pas une empreinte digitale en tampon,
en tout cas ça identifie un individu de façon
unique.
Julie Heintz
Il y a une vrai différence entre l'orient et l'occident, le
passage de la vie privée à la vie publique, le
soucis d'avoir
quelque chose de très propre, et à la limite
d'infalsifiable,
c'est exactement le contraire de ce qui c'est passé avec
Fluxus
par exemple. Ici, au contraire, on multiplie à l'infini, on
déborde,
c'est aussi la forme de critique, alors que dans le tampon asiatique,
il
n'y a pas de critique.
Intervention d'un homme dans la salle
Apparemment, Beuys utilise le tampon comme un passage.
Intervention de Marie-Christine Peyrière
Il y a aussi une création d'identité,
création
du parti.
Julie Heintz
Beuys ne s'est pas posé la question du tampon, il s'est
vraiment
posé la question du multiple et c'est un des multiples
possible.
Je pense que s'il avait réfléchi un peu
à la question
du tampon, il l'aurait fait autrement.
Sophie Nagiscarde
Le tampon Fluxus c'est aussi l'objet qui fait partie d'un set, des
boites. Par exemple, Yoko Ono avait fait une sublime boite avec
à
l'intérieur des petites cartes avec un petit tampon, de
petits pas
d'oiseaux, de petites chaussures de femmes, des petits
poèmes. Dans
Fluxus, il n'y a pas que le tampon, il y a aussi ce qui va
derrière,
le multiple est constitué d'un set dans lequel il y a les
faux timbres.
Julie Heintz
Les boites Fluxus ont tout un tas de chose différentes
à
l'intérieur. Il y a aussi ce côté, avec
la boîte
de Gereon Inger, c'est que c'est un jeu de cubes. Le ludique passe
aussi
par la manipulation, et peut-être aussi par des souvenirs
d'enfance
pas si lointain en réalité. Chez Jean-Claude
Mouton, il y
a aussi les gros cubes qu'il donne à l'image du 6X6
photographique.
En réalité, il y a un jeu de manipulation, je
prends dans
la main quelque chose de très "touché" qui est
important.
Sophie Nagiscarde
Ca oblige, aussi, à entrer dans la démarche
conceptuelle.
Si on achète le kit pour faire une action Fluxus, si on veut
s'en
servir, on fait aussi une action Fluxus.
Julie Heintz
Dans le tampon Fluxus, il y a un prolongement par l'action Fluxus,
il y a une action Fluxus qui est un tamponnage conceptuel et qui n'a
pas
non plus de matérialité, on est au
delà du tamponnage
matériel. C'est à dire qu'on reproduit l'action
Fluxus, on
reproduit un événement, un geste, une situation
etc, on est
bien au delà simplement de la
matérialité du tampon.
Gereon Inger
Il y a un parallèle entre les tampons de Beuys et les
tampons
ou cachets chinois. Quand Beuys tamponne avec son tampon Hauptstrom,
il fait fonction de signature, et donc à ce
moment-là c'est
original aussi.
Michel Weemans
Il fait office de signature.
Julie Heintz
Il donne de la valeur, il fait office de signature.
Michel Weemans
Même si ce n'est pas écrit Beuys.
Sophie Nagiscarde
A côté de ça, il y a Spoerri, qui fait
un tampon
"ceci n'est pas une oeuvre d'art".
Julie Heintz
Avec Warhol et Beuys, on a le tampon et la signature à
côté,
ça c'est un principe de l'édition. On est quand
même
dans les grandes traditions de l'estampe, de la reproduction des
tirages
limités. Ici c'est illimité mais on peut avoir
des tirages
limités à partir du moment où on peut
avoir une signature
à côté. Je trouve que le tampon pose au
moins cette
question qui est en fait, s'il se sépare de la tradition au
moins
de l'estampe, de la reproduction mécanique, des images avec
leur
problème d'insertion avec dans le domaine artistique, est ce
qu'ils
à la limite, sont totalement intégrés,
etc, mais en
tout cas c'est vrai que la signature à l'avantage ici de
rappeler
qu'on est dans le cadre d'une oeuvre d'art, alors que l'absence de
signature
et le côté répétition
à l'infini et même
vente de l'objet de la signature qu'est le tampon a le
mérite en
tout cas de la rendre multipliable à l'infini. On sort aussi
de
ce côté limité de l'oeuvre d'art unique
ou bien multipliable
dans un certain nombre donné, on sort de la
maîtrise.
Intervention d'une femme dans la salle
Comment les japonais peuvent-ils considérer qu'un tampon
soit
infalsifiable ? Y a t-il quelque chose qui empêche de faire
deux
tampons en jade identique ?
Yung Hao Liu
C'est très difficile, parce qu' on creuse
l'écriture
sur un petit tampon, c'est impossible de reproduire la même
chose.
Intervention d'une femme dans la salle
A cause de ses défauts, de ses détails ?
Yung Hao Liu
Oui.
Gereon Inger
Pour reconnaître un cachet ou tampon original, les
administrations
font entrer des petits défauts pour qu'ils soient
infalsifiables.
Jean-Claude Mouton
Pour revenir à quelque chose d'administratif, les cartes
d'identité
actuelles, qu'on nous promet être infalsifiables, n'ont plus
de tampons.
Intervention de Marie-Christine Peyrière
On est passé d'une ère du tampon qui
définit l'identité,
identité culturelle, identité artistique
éventuellement,
de l'auteur, à l'acte de tamponner, à une
ère, avec
la nouvelle carte d'identité, où ce qui va faire
l'identité,
va être produit par quoi ? S'il n'y a plus la pression du
tampon,
il y a un acte important qui manque.
Sophie Nagiscarde
Par l'empreinte, par l'oeil, par le trait physique.
Jean-Claude Mouton
Sur les nouvelles cartes d'identités, il n'y a ni empreinte
de doigt, ni tampon, il y a juste la photo, peu ressemblante
d'ailleurs.
Sophie Nagiscarde
Sur le passeport il y a des tampons.
Intervention d'une femme dans la salle
il y a un article dans Libé de cette semaine sur la Russie,
et en Russie les gens ont un passeport et un tampon et s'ils n'ont pas
ce tampon, il ne peuvent pas trouver du travail, ils ne peuvent rien
faire,
c'est très grave de ne pas avoir ce tampon, même
si les lois
contredisent ça.
Julie Heintz
On a toujours parlé des tampons encré mais est ce
que
le tampon sec à le même statut ? (tampon qui
enfonce le papier,
qui le gaufre)
Sophie Nagiscarde
C'est un peu moins utilisé car il faut un papier
spécial.
Julie Heintz
Au tribunal, par exemple, c'est souvent des tampons secs.
Gereon Inger
Aux Etats-Unis, toutes les entreprises doivent avoir un tampon sec,
c'est une tradition.
Julie Heintz
Il me semble que le tampon sec est absent dans le domaine artistique,
et il a le même rôle que le tampon avec encre sur
le plan administratif.
Jean-Claude Mouton
Celui-là il ne bave pas.
Julie Heintz
Non mais il déchire, il enfonce.
Intervention d'un homme dans la salle
Est-ce-que vous avez toujours choisi d'exposer de cette
manière
ou y a t-il eu une évolution dans la façon
d'organiser une
exposition de tampons ?
Jean-Claude Mouton
Pour moi c'est un peu toujours de la même façon et
ce
qui est important c'est que le public participe et utilise les tampons.
Intervention d'un homme dans la salle
On aurait pu imaginer une exposition avec des tampons
accrochés
sur le mur, mais apparemment, le spectateur est important.
Jean-Claude Mouton
Les tampons ce n'est pas l'oeuvre mais c'est le fait que le public
tamponne.
Gereon Inger
C'est un processus qui s'est développé, mais il y
a toujours
eu le parallèle avec la peinture, que j'ai montré
en même
temps. L'utilisation par les visiteurs est très importante.
Maintenant,
je fais aussi des actions, je me promène seul en ville et je
tamponne,
et je fais de la documentation de ça.
Intervention de Marie-Christine Peyrière
Est-ce que c'est du tag ou de la documentation ?
Gereon Inger
De la documentation.
Julie Heintz
Pour cette expo, il a ramené des objets et Jean-Claude a
fait
des photos.
Jean-Claude Mouton
Il y avait deux mouvements. Il a tamponné des choses dans la
rue qui sont restées sur place et que j'ai
photographié et
il a ramené des choses qu'il a tamponnées et qui
sont présentes
à l'exposition.
Gereon Inger
J'ai voulu montrer quelque chose comme "souvenir oublié",
"souvenir
oubli", de façon poétique j'ai essayé
de tamponner
des objets dans la ville de façon à ce que cela
exprime quelque
chose sur l'oubli, sur ce que c'est qu'oublier. J'ai ramassé
des
objets dans le caniveau et je les ai mis dans une boite puis je les ai
déposés ici, et je les ai tamponnés
avec le mot "souvenir",
la date et l'heure.
Intervention de Marie-Christine Peyrière
Est-ce que ça a à voir avec la suppression du Mur
de
Berlin? Le Mur de Berlin avait presque une fonction de mur de
mémoire.
La suppression de cet espace là est énorme car
c'était
un endroit où on pouvait venir écrire
"j'étais là
à tel jour tel heure", "j'ai rencontré mon ami
à tel
moment".
Gereon Inger
Ca a à voir avec le contraire. La vraie question c'est
l'oubli.
Mais au fond c'est ambivalent parce que j'ai oublié des
objets sur
les quels le tampon "oublier" se trouve et peut-être que
quelqu'un
est en train de trouver pour s'en souvenir. Je m'étais
tamponné
le mot "oublié" sur le front, et d'ailleurs on m'a
trouvé
plusieurs fois !